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RDC : à quand une banque nationale de rang stratégique ?

La RDC dispose d'un secteur bancaire plus développé qu'il y a vingt ans. Mais un pays aux ambitions industrielles peut-il avancer durablement sans un instrument de financement stratégique ?

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Centre financier de Kinshasa
Centre financier de Kinshasa / Milter Holding

La République démocratique du Congo compte aujourd'hui plusieurs banques commerciales. Leur développement a progressivement élargi l'accès aux services bancaires, au point qu'une grande partie des fonctionnaires perçoit désormais sa rémunération à la banque, dans un paysage financier plus développé qu'il y a vingt ans. Ces avancées répondent toutefois surtout aux fonctions classiques d'un système bancaire commercial. Un pays de la taille de la RDC a aussi besoin de financements capables d’accompagner des priorités économiques à long terme et d’assumer une part du risque lié à leur réalisation.

Un secteur largement porté par des groupes régionaux et étrangers

Parmi les principaux acteurs, Rawbank est le premier grand groupe bancaire à capitaux congolais. La banque, contrôlée par la famille Rawji, représentait environ 29 % des actifs du secteur en mars 2024, selon un document de projet de la Société financière internationale (IFC).

Le siège social de la Rawbank à Kinshasa.
Le siège social de la Rawbank à Kinshasa. / New African

Les autres établissements de premier rang appartiennent pour la plupart à des groupes régionaux ou étrangers. Equity BCDC relève du groupe kényan Equity Group depuis la reprise majoritaire, en août 2020, de la Banque commerciale du Congo (BCDC), fondée en 1909, la plus ancienne banque du pays. Ecobank RDC dépend d'un groupe panafricain basé au Togo. Access Bank RDC et FirstBank DRC sont rattachées à des groupes nigérians, tandis que Standard Bank Congo appartient à un groupe sud-africain. Trust Merchant Bank (TMB), longtemps perçue comme un acteur congolais de premier rang, est passée sous contrôle majoritaire du groupe kényan KCB en 2022.

Le siège social d'EquityBCDC à Kinshasa.
Le siège social d'EquityBCDC à Kinshasa. / Wikimedia Commons

Pendant longtemps, le système financier congolais ne disposait pas des capitaux ni de la profondeur nécessaires pour financer une économie aussi vaste. Ces groupes ont comblé ce vide. Ils financent aujourd'hui le commerce et la bancarisation progressive du pays.

Qui porte le risque économique du pays ?

Une banque ne sert pas uniquement à conserver des dépôts ou à accorder des crédits. Dans plusieurs économies, elle joue aussi un rôle plus large dans le financement de priorités nationales.

Du Canada au Maroc, en passant par l'Afrique du Sud, le Nigeria ou d'autres économies, de grands groupes bancaires domestiques figurent parmi les principaux acteurs du système financier, y compris lorsqu'ils opèrent à l'international. Leur marché principal, tout comme leur développement, est étroitement lié à celui de leur pays d'origine.

La situation congolaise est différente. Le système bancaire dépend de groupes régionaux ou étrangers dont les centres de décision sont situés hors du pays. Ces banques ont contribué à élargir l'accès aux services financiers et jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement de l'économie.

Les interrogations deviennent toutefois plus sensibles lorsqu'on envisage les besoins économiques du pays à long terme. Une maison mère peut revoir ses priorités, réduire son exposition à un marché, fusionner certaines activités ou réallouer son capital selon des considérations régionales ou internationales.

Industrie locale, transformation minière, agriculture, infrastructures ou PME industrielles demandent souvent des investissements dont les résultats prennent du temps à apparaître. Qui finance ces secteurs lorsqu'ils sont jugés trop risqués ou insuffisamment rentables à court terme ?

Une économie encore peu financée

Le niveau du crédit bancaire donne une indication utile. Selon le FMI, le crédit au secteur privé représentait environ 15 % du PIB en 2023, un niveau encore inférieur à celui observé dans une grande partie de l'Afrique subsaharienne. Le secteur bancaire existe, mais le financement de l'économie productive est limité.

Les banques invoquent plusieurs contraintes réelles, notamment la faiblesse des garanties, l'informalité, une justice commerciale peu prévisible, les difficultés de recouvrement ou encore un environnement économique instable. Dans ce type de contexte, le crédit tend logiquement à se concentrer sur les activités jugées les moins risquées, comme le commerce, l'import-export, les grandes entreprises déjà établies ou les clients disposant d'actifs importants.

Cette logique répond aux réalités du marché bancaire. Elle soulève toutefois une autre difficulté dans un pays qui cherche à transformer davantage ses ressources naturelles, développer une base industrielle plus importante ou accélérer l'industrialisation de l'agriculture, autant d'objectifs qui demandent souvent des financements patients, difficiles à concilier avec une logique bancaire commerciale.

Le FPI : une ambition interrompue

Créé en 1989, le Fonds de Promotion de l'Industrie a pour mission de soutenir les investissements productifs et l'industrialisation, notamment grâce à la Taxe de Promotion de l'Industrie. En 2016, le gouvernement annonçait officiellement son intention de transformer le FPI en banque d'investissements industriels, un instrument capable d'accompagner les projets industriels et la transformation économique du pays.

Le siège social du FPI à Kinshasa.
Le siège social du FPI à Kinshasa. / OHADA

Dix ans plus tard, cette évolution n'a jamais vu le jour. Questions de gouvernance, contraintes réglementaires, capitalisation insuffisante ou changement de priorités politiques : plusieurs explications peuvent être avancées, sans qu'aucune n'ait été clairement détaillée publiquement.

Une réflexion encore inachevée

Les groupes étrangers et panafricains remplissent une fonction réelle dans l'économie congolaise. Leur présence ne résout pas pour autant la question du financement industriel à long terme.

Un pays de plus de 100 millions d'habitants, doté d'importantes ressources minières stratégiques et affichant des ambitions industrielles, a besoin d'instruments financiers adaptés à une telle transformation. La RDC dispose d'un acteur bancaire domestique important avec Rawbank. Un acteur commercial, aussi solide soit-il, ne remplace pas nécessairement un instrument orienté vers le financement des priorités économiques à long terme.

L'ambition inachevée autour du FPI montre que cette réflexion a déjà existé. La RDC dispose-t-elle aujourd'hui des outils financiers capables d'accompagner ses priorités économiques à long terme ?

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